La restauration de billards anciens est une activité pleine de charme alliant la connaissance du jeu, bien sûr, mais aussi de l’ébénisterie, de la tapisserie, de la marqueterie, de l’histoire du billard et de l’Histoire avec un grand « H ». M. Patrick Carrière fait partie de ces passionnés qui redonnent vie à ces vieux billards oubliés. Il a accepté de nous parler de cet art encore peu connu.
- Comment devient-on restaurateur de billard ?
- Où trouver les billards et accessoires à restaurer ?
- Y a-t-il beaucoup de demandes de transformation de billards français en billards américains ?
- Billard ancien restauré ou billard neuf : mêmes performances ?
- Les acheteurs sont-ils nombreux ?
- À quels salons et foires participe Patrick Carrière ?
- Joue-t-il au billard pendant son temps libre ?
- Où le rencontrer ?
- La télévision parle de Patrick Carrière !

À gauche, billard Charles X ; à droite, billard Louis Philippe en noyer
Comment êtes-vous devenu restaurateur de billard ?
Au départ, je n’étais pas particulièrement intéressé par le billard. Comme tout le monde, je jouais un peu au billard américain dans les bars. Je trouvais bien sûr que c’était de beaux meubles.
C’est en travaillant chez le fabricant de billards Chevillotte que j’y ai pris goût. J’ai une formation d’ébéniste : j’ai travaillé pour un petit artisan pour mon CAP [certificat d'aptitude professionnelle], puis chez un antiquaire, et enfin en tant que restaurateur chez Chevillotte, mais j’ai été licencié pour cause de problèmes économiques.
J’ai donc ouvert ma propre enseigne de restauration de meubles en 1993. J’avais essayé de fabriquer des billards neufs, mais c’était difficile à cause du prix du bois et de la nécessité d’utiliser des machines. Il était impossible de rivaliser avec les concurrents. Je suis donc devenu brocanteur restaurateur.
Travailler avec les billards était difficile : c’était lourd et encombrant. Les clients me disaient qu’ils n’achèteraient pas de billard chez les brocanteurs car les billards ne permettaient pas le bricolage. Par relations interposées dans la brocante, j’ai pu faire des rachats de billard chez des personnes qui souhaitaient vider leur maison. C’était un bon plan car mes collègues ne savaient pas comment réparer un billard et quoi en faire. Ils me disaient par exemple que le billard n’était pas droit et qu’ils ne pouvaient pas mettre une cale comme pour une armoire !
Petit à petit, il n’y avait plus que des billards dans mon local. Les clients ne comprenaient pas, alors j’ai éliminé tous les meubles et changé d’enseigne pour me spécialiser dans le billard.
Comment vous procurez-vous vos billards et accessoires ?
J’achète beaucoup d’accessoires sur Internet, notamment les bronzes et les pieds de billard.
Ce qu’on ne sait pas forcément, c’est qu’avant 1850 tous les billards étaient à trous. On ne jouait pas au billard américain comme on joue maintenant mais c’était déjà des billards à 6 trous. Les billes tombaient dans des réceptacles en bronze qui représentent des femmes, des mains ou des gueules de lion. Quand la bille tombait dedans, la gueule du lion s’ouvrait grâce à un système de contrepoids.
On trouve ces bronzes sur des brocantes ou sur Internet (Ebay, leboncoin, etc.). J’arrive à reconstituer des séries de 6, les quatre coins et les deux du milieu qui sont plats, que j’installe ensuite sur les billards.
Chaque fois que je vais livrer quelque part, surtout si c’est assez loin de chez moi, je regarde toujours sur leboncoin s’il y a quelque chose d’intéressant dans la région pour éviter de revenir à vide : accessoires, gravures, …
J’ai presque plus de mal à trouver des accessoires de billard que les billards eux-mêmes : tout ce qui est lustre, boulier, porte-queue, etc., intéresse les antiquaires mais le billard ne les intéresse pas.
Il m’est d’ailleurs arrivé d’acheter un billard ordinaire, pas très beau parce qu’il y avait un superbe lustre ancien avec. Le billard ne m’aurait pas intéressé s’il n’y avait pas eu ce lustre, qui valait peut-être plus cher que le billard. Je ne sais pas comment il était arrivé là !
Vous demande-t-on souvent des transformations de billards ?
Je dirais qu’aujourd’hui je fais au moins 80 % de billards américains non mixtes.
Les gens ne savent plus jouer au billard français et ceux-ci finissent dans les greniers… quand ce n’est pas directement au feu !
On m’a donc demandé de transformer des billards français en billards américains. La première fois, j’ai dit : « Ce n’est pas possible ! ». Et puis je l’ai fait une fois, puis deux, et on arrive maintenant à tous les transformer, quitte à déplacer certains boulons d’assemblage pour arriver à faire passer les billes.
Pour certains, c’est un peu dommage de sacrifier un billard mais, en même temps, s’il doit pourrir dans un grenier ou dans une cave… Il vaut mieux le transformer pour qu’il revive dans un salon.
Un billard ancien rénové est-il aussi performant qu’un billard neuf ?
C’est sûr, ce ne sera jamais pour faire des compétitions.
Les billards anciens font de bons billards car la rénovation est de qualité. Par exemple, quand ils sont vieux, ils sont équipés de tables en bois que je remplace par une table ardoise. Mais si un joueur fait des compétitions dans un club, je lui dis directement : « On ne pourra jamais avoir la qualité d’un billard de compétition ».
Le meuble d’un billard ancien fait caisse de résonance à cause d’une question de fixation des bandes ; le billard de compétition est, par contre, très silencieux.
Il ne faut pas vouloir faire une course comme en Ferrari quand on a une deux-chevaux transformée. Il faut savoir ce qu’on veut : soit un joli meuble, soit un billard de compétition. Avec le billard ancien, je dirais que les gens veulent plutôt s’amuser sur un joli meuble.
C’est donc surtout l’objet qu’on met en valeur, plus que le jeu ?
C’est ça. Beaucoup de gens m’achètent des billards comme on le ferait pour une belle commode. C’est un joli meuble qui sert pour la décoration et l’ambiance d’une pièce. Ils ne s’en servent pas beaucoup non plus.
Avez-vous des difficultés à trouver des acheteurs ?
Afficher Sainte-Eulalie sur une carte plus grande
C’est vrai qu’il faut arriver à se faire connaître quand on est implanté dans un petit village perdu (Sainte-Eulalie). Ce n’est pas loin de Bordeaux, mais ce n’est pas un endroit touristique, ni passant.
Par ailleurs, Chevillotte était bien implanté à Bordeaux et avait un quasi-monopole. Difficile dans ces conditions d’arriver à survivre. Ce fabricant a aujourd’hui fermé son établissement à Bordeaux, mais il faut toujours faire face à la concurrence !
Est-ce plus facile avec le Net ?
Je reconnais que le site (http://www.billards-anciens.com/) est arrivé à la bonne époque. J’y ai cru de suite. Je me suis dit : « C’est l’idéal pour qu’on me trouve à Sainte-Eulalie ! ».
J’ai travaillé à l’élaboration du site avec un ami qui a su suivre mes envies. Les gens le sentent et quand ils viennent sur le site, ils me disent « On voit bien que vous êtes un passionné ». Je suis même étonné de vendre autant de billards par téléphone, sans que les gens viennent me voir !
Donc oui : heureusement qu’Internet est là. Pour pouvoir ne vivre que du billard, je ne peux pas rester sur ma commune, il faut voir plus loin et faire des kilomètres.
Il est vrai cependant que l’essor d’Internet n’est pas très bon pour le métier de brocanteur. Avant, quand les gens vidaient une maison, il fallait qu’ils passent par un brocanteur. Maintenant, ils vendent par eux-mêmes, directement sur Internet. Par contre, pour me faire connaître dans mon petit village, c’est l’idéal. Je me suis servi d’Internet à mon avantage plutôt que de le prendre comme un ennemi.
Sur votre site Internet, vous écrivez que vous participez à des foires et salons. Est-ce toujours le cas ?
Avant, je participais chaque année à la Foire des Quinconces, une foire à la brocante à Bordeaux, mais ce sont des stands ouverts, en extérieur, pas l’idéal pour mes billards. J’ai arrêté en 2007.
J’ai recommencé à exposer cette année. Je suis allé au Comptoir Suisse, à Lausanne, en septembre dernier. Pour promouvoir le championnat du monde de billard 3-bandes organisé à Lausanne en novembre, ils cherchaient des exposants autour du billard. Je me suis dit : « Pourquoi pas ! ». Ce n’était pas une foire aux antiquaires donc je n’ai rien vendu sur place mais cela m’a permis de rencontrer du monde et de vendre par la suite.
Cette expérience m’a donné envie de refaire des salons. Je viens de participer au Salon des Antiquaires de Bordeaux Lac qui a bien marché, avec de très beaux billards. L’essentiel, c’est d’être là où il faut avec de beaux meubles. J’y ai touché des gens qui ne pensaient pas forcément au billard mais qui cherchaient une décoration.
Prévoyez-vous d’exposer dans d’autres salons prochainement ?
J’envisage d’en faire un autre mais je ne sais pas encore où. Il faut que je me renseigne et que je trouve un beau salon. Je ne veux pas faire une foire à la brocante, plutôt un salon d’antiquaires. Je ne souhaite pas le faire dans la région bordelaise mais plutôt en Provence-Alpes-Côte d’Azur ou en région parisienne.
Jouez-vous au billard dans votre temps libre ?
J’avais deux billards montés à la maison avant le Salon des Antiquaires : un français et un américain. J’y faisais quelques points en passant mais je vous avoue que je n’ai pas trop le temps. C’est plus mon fils qui joue avec ses amis.
Ma maison sert de show-room pour les beaux billards Charles X que je ne peux pas laisser dans mon local. Mon local est en effet une sorte d’atelier ouvert, où je mets les billards plus ordinaires. Les beaux billards sont présentés montés dans une grande pièce à l’étage ; les autres sont démontés, avec juste un petit côté en présentation.
Quel type de billard préférez-vous ?
Je préfère le billard français. Mais je reconnais qu’il faut être avec de bons joueurs pour pouvoir progresser. Le billard américain, c’est plus ludique.
Faites-vous partie d’un club de billard ?
Non, je n’ai pas le temps pour faire des compétitions. Je suis beaucoup sur la route et j’ai aussi besoin de me reposer le week-end !
Où peut-on vous rencontrer ?
Dans mon local, à l’adresse suivante :
Aux Billards Anciens 21, rue Alfred Pousson 33560 Sainte-Eulalie (Gironde) FrancePour en savoir plus, vous pouvez visiter le site Internet de Patrick Carrière (http://www.billards-anciens.com/) ou le contacter par téléphone au +33 5 56 38 01 98 ou par mail à carriere@billards-anciens.com.
La télévision parle de Patrick Carrière !
Reportage au journal de 13 h de TF1, le 7 mars 2007 :
Reportage dans l’émission « Tous à la brocante » sur France 3, le 5 avril 2008 :
Un grand merci à Patrick Carrière pour le temps qu’il a accepté de nous accorder ainsi que pour les photos et vidéos qui ont permis d’agrémenter cet article.